LE GOUROU DEMASQUE: L. RON HUBBARD

Chapitre 1: Le pseudo-enfant prodige

D'après la légende destinée à édifier ses adeptes, L. Ron Hubbard descendait par sa mère d'un aristocrate français, un certain comte de Loupe, ayant participé à la conquête de l'Angleterre par les Normands en 1066; et du côté paternel, les Hubbard étaient des colons anglais fixés en Amérique au cours du XIXe siècle. Les deux branches de la famille s'étaient illustrées sur les mers : son bisaïeul et son grand-père maternels, le "Commodore" I.C. De- Wolfe et le "Capitaine de vaisseau" Lafayette Waterbury, avaient "écrit des pages de l'histoire navale américaine"; quant à Harry Ross Hubbard, son père, il était lui-même capitaine de frégate dans l' US Navy. Pendant les longues absences de ce dernier, appelé au loin par le devoir, le jeune Ron s'épanouissait dans les immenses propriétés couvrant un quart de la superficie de l'État, soit quelque 90 000 km2 - que son grand-père maternel, richissime éleveur, possédait dans le Montana. Rancher cow-boy en herbe, Ron y avait pour familiers "des pionniers, des cow-boys, des sorciers indiens"; il battait la campagne, y domptait les mustangs, chassait le coyote et faisait "ses premières expériences d'explorateur", puisque c'est en fréquentant des Indiens Pikuni (ou Pieds-Noirs), dont il devint le "frère de sang", qu'il eut ses premiers contacts avec une "autre culture". En 1921, à l' âge de dix ans, il dut réintégrer le foyer familial; alarmé par les lacunes de sa scolarité, son père lui appliqua un programme intensif destiné à "rattraper le temps perdu" dans les prairies sauvages du Far West. C'est ainsi qu'à douze ans, Ron Hubbard avait déjà "lu et assimilé les plus grands classiques de la littérature mondiale" et senti s'éveiller sa "passion pour la religion et la philosophie". DeWolfe, fille d'un banquier aisé de Hampshire dans l'Illinois, John DeWolfe, très attaché à une légende relative aux origines de sa famille. Si les dates et les détails restaient dans le flou, l'histoire, étoffée au fur et à mesur, relatait qu'un lointain ancêtre au service d'un prince français aurait arraché son maître à la gueule d'un loup furieux; le prince aurait manifesté sa gratitude en anoblissant son sauveteur et en lui conférant le titre de comte de Loupe (sic), nom ultérieurement anglicisé en DeWolfe. (Il n'existe ni en France ni en Angleterre de document vérifiant l'existence de cette foutaise. Le vice-amiral Harry DeWolfe, descendant à la douzième génération de Balthazar DeWolfe, premier du nom établi en Amérique, déclare n'avoir jamais entendu parler d'un mythique "Comte de Loupe"...) John DeWolfe offrit au jeune ménage la jouissance d'une ferme dont il était propriétaire dans le Nebraska sur le territoire de Burnett, bourgade promise à un certain développement par l'ouverture en 1879 du chemin de fer "Sioux City & Pacific Railroad".

Lafe et Ida débarquèrent en 1884 à Burnett où Ida mit au monde sa première fille, Ledora May, en 1885. Elle donnera naissance à sept autres enfants au cours des vingt années suivantes et consacrera sa vie à sa famille. Lafe exploita pendant deux ou trois ans la ferme de son beau-père. Celui-ci ayant annoncé qu'il entendait la léguer à son gendre, ses autres enfants s'estimèrent lésés. Plutôt que de semer la zizanie dans lafamille, Lafe préféra se retirer et s'installer en ville, où il reprit son métier de vétérinaire et ouvrit une écurie de louage. Unanimement aimé et respecté de ses concitoyens, ses affaires ne tardèrent pas à prospérer. Malgré la ruine provoquée dans la région par la tempète catastrophique survenue en 1887, suivie de plusieurs années consécutives de sécheresse et d'invasions de sauterelles, Lafe devint un peu plus aisé.

En 1899, selon le journal local qui le cita en exemple, il était l'un des rares habitants de Burnett à avoir pu se construire une maison neuve dans le centre ville. Rien de tout cela n'est vrai, ou presque. La véritable histoire de l'enfance de Ron Hubbard est beaucoup plus prosaïque. Elle ne s'ouvre pas sur les vastes horizons d'un ranch monstrueux mais se déroule en une succession de modestes logements de location, car son père n'était alors qu'un petit employé besogneux courant d'un job précaire à l'autre. Son grand-père n'était pas plus magnat de l'élevage qu'hardi navigateur installé à terre, mais obscur vétérinaire arrondissant ses revenus en exploitant une écurie et une remise de louage. Par contre, il est vrai qu'il s'appelait Lafayette Waterbury. Les Waterbury, originaires de la région des Catskills, chaîne montagneuse de l'État de New York, célébrée au début du XIXe siècle par Washington Irving qui y mit en scène les aventures de Rip van Winkle, personnage à peine plus fantastique que le futur rejeton des Waterbury...

Peu avant la guerre de Sécession, Abram Waterbury et sa jeune épouse Margaret avaient joint le flot des pionniers qui, partaient à la conquête de l'Ouest et d'un avenir meilleur en convois de chariots bâchés. En 1863, Abram s'était établi vétérinaire à Grand Rapids, Michigan, où Margaret mit un fils au monde en 1964, prénommé Lafayette en souvenir de la ville de l'Indiana où ils avaient fait une longue escale. Lafayette, bientôt surnommé Lafe, apprit de son père le métier de vétérinaire avant d'épouser Ida Corinne.

Parents étonnamment libéraux pour leur époque, Lafe et Ida Waterbury élevaient leurs enfants dans une atmosphère pleine de gaieté et d' affection. S'ils les encourageaient à aller à l'église, ils se disaient eux-mêmes trop occupés pour s'y rendre - Lafe ne leur cachait d'ailleurs pas son scepticisme envers les religions organisées. Trapu, direct, optimiste, ayant de l' humour et un talent de comédien, il aimait s'asseoir le soir dans sa véranda et jouer des airs de danse au violon, instrument à crosse sculptée d'une tête de nègre qu'il tenait de son père Abram.

En 1902, afin d'éviter les confusions avec une ville voisine portant un nom similaire, les citoyens de Burnett renommèrent leur cité Tilden. Ledora May Waterbury, aînée de la famille, obtint en 1904 son diplôme de fin d'études au Lycée de Tilden. Grande fille décidée, indépendante et ardemment féministe, May déclara alors vouloir embrasser une carrière plutôt que de s'enfermer dans un rôle d'épouse et de mère de famille. Nul n'en fut surpris : elle partit, avec la bénédiction de ses parents, entreprendre des études d' enseignante àOmaha. Mais à peine diplomée qu'elle fit la rencontre d'un séduisant jeune marin, Harry Hubbard, surnommé "Hub".

Harry Ross Hubbard ne descendait pas d'une longue lignée d'ancêtres. Orphelin, né Henry August Wilson le 31 août 1886 à Fayette, Iowa, il avait été adopté en bas âge par un ménage d' agriculteurs de Frederiksburg, Etat de l'Iowa, M. et Mme James Hubbard, qui lui avaient donné leur patronyme et changé ses prénoms pour ceux de Harry Ross. Élève médiocre à l'école, Harry voulut tâter d'une école de commerce mais abandonna quand il se rendit compte qu'il n' avait aucune chance de décrocher un diplôme. Le 1er Septembre 1904, lendemain de son dix- huitième anniversaire, il s' engagea comme simple matelot dans l'US Navy. Après son temps de service en mer sur l' USS "Pennsylvania", il fut affecté en 1906 au bureau de recrutement de la marine à Omaha où il fit la connaissance de May Waterbury. Celle-ci en oublia ses grands projets de carrière indépendante : ils se marièrent le 25 avril 1909.

Au début de l'été 1910, May était enceinte et Hub, redevenu civil, avait trouvé un emploi de représentant à la régie publicitaire du journal local, l'Omaha World Herald. Entre-temps, les Waterbury avaient quitté Tilden pour s'installer à Durant, au sud-est de l'Oklahoma près de la limite du Texas. En voyant la première Ford-T s'aventurer dans la grand-rue boueuse de Tilden, Lafe avait pris conscience de la menace qui pesait sur l' avenir des chevaux de louage; puis, lorsqu'un de ses amis habitant Durant lui en fit valoir la douceur du climat, Lafe et Ida décidèrent d'un commun accord d'y partir avec leurs enfants. Seule de la famille, Toilie, leur seconde fille âgée de vingt-trois ans, restait à Tilden. Infirmière et secrétaire du Dr Campbell qui venait d'ouvrir sa propre clinique, elle ne voulait pas perdre cet emploi qui lui convenait. Toilie n'eut pas de peine à décider sa soeur May, dont elle avait toujours été très proche, de venir mettre son premier enfant au monde chez le Dr Campbell, qui avait par deux fois accouché leur mère.

C'est ainsi que May Hubbard, soutenue avec sollicitude par son mari, débarqua en gare de Tilden à la fin de février 1911. Elle n'attendit pas longtemps la naissance : les premières douleurs se manifestèrent dans l'après-midi du dimanche 10 mars. Son fils naquit pendant la nuit, le lundi 11 mars 1911 à 2H 01. Hub et elle avaient déjà décidé qu'il s'appellerait Lafayette Ronald Hubbard. Lafe et Ida Waterbury virent leur premier petit-fils lorsque Hub et May vinrent passer les fêtes de Noel 1911 à Durant avec leur rejeton. Éveillé, souriant, pourvu de surprenantes mèches rousses, jusque là introuvables dans les deux branches de la famille, le bébé fut aussitôt l' objet de l'adoration générale. May apprit alors à ses parents qu'ils comptaient déménager après le Nouvel An à Kalispell, Montana, où Hub avait trouvé un autre emploi plus intéressant. Au cours du printemps de 1912, elle écrivait à sa famille des lettres enthousiastes dépeignant les agréments de la ville et la beauté de la campagne environnante, en leur suggérant avec insistance de venir les y rejoindre. Ces lettres leur donnèrent à réfléchir. Ida et Lafe devaient en effet s'avouer que leur installation à Durant n'avait pas été aussi brillante que prévu; en outre, le climat d'insécurité dû au viol d'une blanche par un Noir précipita leur décision. A l'Automne 1912, les Waterbury revendirent leur maison et s'embarquèrent dans le train avec leurs possessions et leurs chevaux pour le voyage de plus de 2 000 kilomètres vers Kalispell. Les retrouvailles de la famille furent particulièrement joyeuses et le petit Ron, qui faisait ses premiers pas, redevint l' objet de toutes les attentions. Non loin de chez sa fille et du champ de foire, où il pourrait exercer ses talents de vétérinaire, Lafe acheta une maison pourvue d'une grange pour loger ses bêtes. Les Waterbury s' acclimatèrent très vite à Kalispell, où ils étaient d' autant plus heureux qu'ils voyaient tous les jours leur petit-fils adoré; quant à Ron, il se faisait pourrir par ses tantes qui lui passaient tous ses caprices.

Un an à peine après l'arrivée de ses parents, May leur apprit que son mari et elle allaient encore déménager, car Hub avait des problèmes de travail et on venait de lui proposer le poste de directeur du Théâtre des Familles à Helena, capitale du Montana. Cette nouvelle les plongea dans la désolation. Les deux villes avaient beau n'être qu'à 300 kilomètres et directement accessibles par le "Great Northern Railroad", ils ne se consolaient pas de ne plus pouvoir embrasser tous les jours leur petit-fils. Fondée en 1864 par des chercheurs d'or, Helena était devenue en 1913 une agréable petite ville de brique et de pierre. Le Théâtre des Familles occupait un élégant bâtiment à fronton sculpté situé au beau milieu du "quartier réservé", ce qui était fort gênant pour le public familial du théâtre. Malgré son titre de directeur, Hub avait pour fonctions essentielles de déchirer les billets le soir à l'entrée, billets qu'il avait lui-même vendus dans la journée ; il lui fallait aussi rétablir l'ordre en cas de besoin pendant les représentations et fermer les locaux après la sortie. May n'était cependant pas au bout de ses peines. Le public boudait le théâtre, que son propriétaire envisagea de fermer. Les nouvelles étaient inquiétantes, malgré la promesse de Woodrow Wilson de garder l'Amérique à l'écart de la guerre ayant éclaté en Europe le 2 août 1914.

A Butte, la ville voisine, les rivalités entre syndicats de mineurs débouchaient au même moment sur de telles violences que le gouverneur du Montana avait dû faire appel à la Garde nationale et proclamer l'état d'urgence. Ce climat perturbé donna le coup de grâce au Théâtre des Familles. Contraint une fois de plus de chercher un emploi, Hub se fit embaucher comme comptable par de gros négociants en charbon. Quant à May, il lui fallut se rabattre sur un logement moins coûteux et plus exigu. A Kalispell, les Waterbury passaient un mauvais quart d'heure. Lafe s'était cassé un bras l'année précédente et se remettait avec peine de la fracture mal réduite, quand un coup de pied de cheval au même endroit lui fit en fit pratiquement perdre l'usage, handicap qui le contraignit à renoncer à exercer sa profession de vétérinaire. A cinquante ans, relativement aisé mais certes pas riche doté de quatre plus jeunes filles à charge, il ne pouvait se permettre de prendre sa retraite.

Kalispell ne lui offrant aucune perspective valable de reconversion, Ida et Lafe envisagèrent alors de chercher fortune à Helena. Leur fille Toilie, venue en vacances, les y conduisit au cours de l'été 1915 dans la Ford-T que Lafe venait d'acheter. Hub, bien placé par son travail de comptable pour connaître les chiffres, parla à son beau-père de l'expansion constante du marché du charbon dans la région et des bénéfices réalisés par ses patrons, ce qui décida Lafe à venir fonder sa propre affaire dans la capitale de l'État. En 1916, les Waterbury débarquèrent donc à Helena. Lafe acheta une grande maison non loin du Capitole, loua un terrain le long du chemin de fer et annonça au public l'ouverture de la "Capital City Coal Company", société qui n'était en fait qu'une affaire de famille : Lafayette Waterbury en était président, son fils Ray vice-président et sa fille Toilie, détournée par devoir de sa vocation d'infirmière, assumait le rôle de comptable. Bien entendu, Harry Ross Hubbard participait aussi à l'entreprise... mais comme manutentionnaire. Le 2 janvier 1917, âgé de bientôt six ans, Ron fut inscrit à l'école maternelle. Ses jeunes tantes, Marnie et June, l'y accompagnaient tous les matins en allant elles-mêmes au lycée voisin. Ron se vantera plus tard d'avoir, dès cet âge tendre, su mettre à profit les leçons de "savate" apprises dans le ranch de son grand-père pour défendre ses camarades contre une bande de voyous qui terrorisaient les enfants sur le chemin de l'école. L'un de ses plus proches amis d'enfance, Andrew Richardson, ne conserve néanmoins aucun souvenir de ce rôle de justicier : "Ce n'est qu'un tissu de mensonges! Hubbard n'a jamais protégé personne, affirme- t-il. Mais comme vantard et comme baratineur, il valait déjà son pesant d'or."

Le 6 avril 1917, les États-Unis déclarèrent la guerre à l' Allemagne. Ancien engagé volontaire avec quatre ans de service dans la marine, Harry Hubbard estima qu'il devait se rendre utile à sa patrie et voulut devancer son ordre de mobilisation. Le 10 octobre, après avoir embrassé son épouse et son fils, il partit pour Salt Lake City où se trouvait le plus proche bureau de recrutement de l'US Navy. May quitta son petit appartement, s'installa avec Ron chez ses parents et prit un emploi dans un bureau officiel. Entouré de l'affection de sa mère, de ses grands-parents et de ses tantes, béats d'admiration devant son imagination sans cesse en éveil, passant leur temps à le dorloter, le petit Ron n'eut donc guère à souffrir de l'absence de son père.

Dans ses lettres à May, Hub ne cachait pas sa joie d'avoir réendossé l'uniforme car, expliquait-il fièrement,il suivait un peloton d'élèves commissaires de bord et deviendrait officier. Le 13 octobre 1918, il fut en effet nommé commissaire en second et incorporé dans le service actif avec le grade d'enseigne - ce qui faisait sans doute de lui, à trente-deux ans, le plus vieil enseigne de l'histoire de la marine américaine, sinon des autres... Moins d'un mois plus tard, l' Armistice ramena la paix sans faire revenir Hub. Consciente de ses échecs répétés dans la vie civile, May savait qu'elle ne pouvait raisonnablement s'opposer à sa décision de faire carrière dans la marine. Il n'était d'ailleurs pas même assuré de retrouver son emploi dans l' entreprise familiale car la Capital City Coal Company avait pas mal d'ennuis dans ses approvisionnements et du fait l' apparition de nouveaux concurrents. Cependant, on riait beaucoup chez les Waterbury. Lafe n'ayant jamais été homme à laisser ses soucis assombrir sa vie de famille, le temps continua à s'écouler pour tous les enfants dans la gaieté. Avec à peine huit ans d'écart, Marnie et Ron étaient comme frère et soeur et ne se quittaient pas. May gagnait bien sa vie; elle avait acheté un petit terrain dans la montagne et fait construire par un menuisier une cabane en planches, aussitôt baptisée "Le Vieux Ranch".

A pied ou dans la Ford-T de Lafe, la famille s'y rendait le dimanche et pendant les vacances pour le simple plaisir de courir sous le ciel bleu, de cueillir des fleurs sauvages ou de raconter des histoires autour d'un feu de camp en soirée. Dans la région, le climat était toutefois nettement moins riant. La récession d'après-guerre provoquait l'effondrement des prix agricoles, l'été 1919 entama une dramatique série d'années de sécheresse.Chaque jour apportait son lot de faillites de banques, de terres abandonnées retombant en poussière et de fermiers ruinés partant au loin en quête d'une hypothétique survie. Contraint à son tour de cesser son négoce de charbon, Lafe Waterbury prit sa retraite en remerciant leCiel de disposer encore d'un capital suffisant pour nourrir sa famille. Et si May participait aux dépenses du ménage, elle savait ne pouvoir s'éterniser avec Ron chez ses parents. Pendant ce temps, Hub revenait passer toutes ses permissions auprès de sa femme et de son fils. Promu lieutenant de vaisseau de seconde classe en novembre 1919, il était plus que jamais décidé à rester dans la marine, en dépit de quelques "problèmes". Ainsi, il avait comparu en mai 1920 devant une commission d'enquête pour s'expliquer sur un trou d'un millier de dollars dans sa comptabilité.

Il avait aussi une fâcheuse tendance à "oublier", ses dettes, ayant laissé pas moins de quatorze créanciers impayés à Kalispell, sans compter plusieurs autres au hasard de ses affectations, qui s'étaient tous plaints auprès de la marine, ce qui faisait à tout le moins mauvaise impression... A partir de Septembre 1921, affecté pour deux ans sur le cuirassé USS Oklahoma et la plupart du temps en mer, Hub ne put revenir aussi souvent à Helena. Malgré sa répugnance à déraciner son fils et sa tristesse de se séparer de sa famille, May obéit à son devoir conjugal et partit avec Ron pour San Diego, port d'attache du navire. Un an plus tard, l'Oklahoma étant transféré à la base navale du Puget Sound, les Hubbard émigrèrent de nouveau à Seattle. May s'inquiétait d'aussi fréquents changements d'écoles mais Ron, s'il lui arrivait de regretter la joyeuse atmosphère de la maison de ses grands-parents, n'en souffrait apparemment pas. Sociable, toujours de belle humeur, il se faisait sans peine de nouveaux amis.

Ainsi qu'il le notera plus tard dans son journal intime, griffonné sur les pages d'un vieux livre de comptes, Seattle marqua même pour lui une étape mémorable puisque c'est là qu'il devint boy-scout et gagna ses premiers badges. En octobre 1923, le lieutenant de vaisseau Hubbard fut envoyé compléter sa formation à l'École d'application d'Intendance à Washington. L'US Navy fit l'économie de deux billets de train en réservant à May et à Ron des couchettes à bord de l'USS Grant, ancien croiseur allemand récupéré à titre de dommages de guerre, devant appareiller de Seattle pour le base d' Hampton Roads en Virginie, via le canal de Panama. Au bout d'un périple de plus de dix mille kilomètres, les Hubbard se trouvèrent enfin réunis en Décembre, sous la neige. C'est vraisemblablement au cours de ce voyage que Ron fit la connaissance de l'énigmatique personnage du capitaine "Snake" Thompson, médecin de marine et psychanalyste, à qui il attribuera par la suite le mérite d'avoir éveillé son intérêt pour Freud. Il n'y fit toutefois que de très brèves allusions dans son journal intime, plus volontiers consacré à ses prouesses de boy-scout et à la "rencontre historique" de sa troupe avec le président Calvin Coolidge à la Maison-Blanche, rencontre décrite en termes où l'on voit déjà percer sa mégalo- mythomanie.

Il dira ensuite que son séjour à Washington avait été dans sa vie une étape cruciale, pendant laquelle il avait reçu de son ami le capitaine Thompson une "éducation approfondie dans tous les domaines de l'esprit humain". Il notera de même que son amitié avec le fils du Président Coolidge, Calvin Junior, et la mort prématurée de ce dernier avaient précipité son "intérêt précoce pour l'âme et les phénomènes spirituels". Collègue et sans doute ami du père de Ron, Thompson devait son surnom de Snake à sa passion pour les reptiles. Très fier d'avoir été l'élève de Sigmund Freud à Vienne, c'est en tant que disciple du fondateur de la psychanalyse qu'il avait imaginé initier ce gamin de douze ans aux théories freudiennes et de lui "plonger le nez dans les livres" en l'emmenant passer de longues heures à la bibliothèque du Congrès. (Bien que Ron Hubbard fasse parle souvent de Snake Thompson par la suite, l'existence même du médecin-capitaine constitue un mystère qui demeure entier. On ne retrouve pas plus sa trace dans les dossiers de la marine américaine qu' on ne peut établir avec certitude ses rapports avec Freud. L'un des spécialistes de Freud les plus autorisés, le Dr Kurt Eissler, ignore tout d'une correspondance ou de contacts quelconques entre Freud et Thompson.)


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